Aider Sakshi
11 octobre 2026

Entre 2012 et 2014, j’ai appris la musique folklorique bundeli à Khajuraho (Madhya Pradesh, Inde), dans une école de musique locale pour enfants. Trivedi Ji, le professeur, dispensait des cours tous les soirs.
L’une des filles, Sakshi, dix ans, était différente des autres. Elle osait parler à une adulte étrangère qu’elle ne connaissait pas et elle était sincèrement curieuse d’en savoir plus sur la vie dans un autre pays. Après chaque cours, elle engageait avec moi une conversation qui allait bien au-delà des quelques mots timides et rires nerveux de la plupart des enfants. Par rapport aux autres, elle avait comme plus de substance, de profondeur.
Une amitié s’est vite développée entre Sakshi et moi. Dans une ville où les interactions entre hommes locaux et femmes étrangères étaient pour la plupart motivées par un intérêt sexuel ou pécunier, cette relation était rafraichissante : un lien fondé sur une curiosité sincère et une affection mutuelle.
Sakshi m’a invitée chez elle et m’a présentée à sa famille. Elle m’a emmenée dans la petite boutique de son père et de ses grands-parents. Sa mère m’a accueillie avec un chaï pendant que Sakshi chantait en jouant de l’harmonium. L’attitude de sa mère m’a frappée tout particulièrement : elle semblait profondément désireuse de voir tous ses enfants, et pas seulement ses garçons, devenir des adultes autonomes.

