« Le but de la musique indienne n’est pas de créer un.e bon.ne chanteur.se ou un.e musicien.ne capable de se produire en concert et de gagner sa vie. La musique indienne est une nouvelle prise de conscience qui vient aux personnes qui cherchent paix ou tranquillité dans leur vie. » (Anonyme)
“The purpose of Indian music is not to create a fine singer or musician who can perform at concerts and make a living. Indian music is a new realisation that dawns on the person seeking peace or tranquility in his or her life.” (Anonymous)
Posture
En Inde, le violon est joué assis en tailleur. Il est tenu dans le même sens (manche vers le bas) que le violon occidental, mais sa tête est placée sur le pied droit et son corps repose sur la partie gauche du sternum. J’adore cette posture, premièrement car je trouve le violon plus stable sans contrainte sur le cou, deuxièmement parce que cela donne plus de liberté aux doigts pour glisser sur les cordes, et finalement car la position assise en fait (pour moi) encore plus une forme de méditation.
In India, the violin is played sitting cross-legged. It is held in the same direction (neck down) as the Western violin, but its neck is placed on the right foot and its body is rested against the left part of the sternum. I love this posture, firstly because I find the violin more stable without any strain on the neck, secondly because this gives more freedom for the fingers to slide up and down the strings, and finally because I the sitting position makes my violin practice closer to a form of meditation.
Accord
Les notes du système de musique indienne sont sa, re, ga, ma, pa, dha et ni, qui correspondent aux notes occidentales do, ré, mi, fa, sol, la et si. Une différence majeure par rapport à la musique occidentale est que les notes indiennes sont relatives, ce qui signifie que quelle que soit la clé dans laquelle un instrument est accordé ou dans laquelle on chante, la première note de la gamme, ou plus exactement d’un râga est toujours sa. Sa est donc toujours la tonique.
Au lieu de sol, ré, la et mi, les cordes du violon sont accordées (relativement, donc) en sa, pa, sa, pa, qui correspondent le plus souvent à ré, la, ré, la ou ré#, la#, ré#, la# (absolus). Le violon indien est ainsi accordé plus bas que le violon occidental.
Tuning
The notes in the Indian music system are sa, re, ga, ma, pa, dha, and ni, which correspond to the Western notes do,re,mi,fa, sol, la and si. Unlike in the West however, Indian notes are relative, which means that regardless of the key in which any instrument is tuned or in which a singer sings, the first note of the scale, or rather of the raga, is always sa. Basically, sa is always the tonic.
Instead of sol (G), re (D), la (A), mi (E) the strings of the violin are set to (relative) sa, pa, sa, pa, and most often tuned in (absolute) re, la, re, la (D, A, D, A) or re#, la#, re#, la# (D#, A#, D#, A#). The Indian violin is thus tuned lower than the Western violin.
Technique
Ce qui créé la sonorité typique de la musique indienne c’est que l’on glisse entre les notes. Ainsi les doigts ne sont pas aussi ancrés qu’ils le sont sur le violon occidental, et on peut accéder aux shrutis, ou «micro-tons».
On peut faire glisser les doigts sur les cordes de deux façons différentes, soit en utilisant un doigté similaire au doigté occidental, soit en collant l’index au majeur et en n’utilisant que cette combinaison index-majeur pour toutes les notes. Personnellement j’adore glisser sur les cordes, car cela crée une connexion encore plus profonde entre les notes de musique et les doigts, entre le son et le corps. A mon sens cela rapproche encore plus le violon du chant.
Generally speaking, the particularity of Indian music is the sliding between the notes. The fingers are therefore not so anchored as they are on the Western violin, so we have access to shrutis or “micro-tones”.
We can either slide using different fingers for different notes, or using the index and middle fingers stuck together for all the notes, up and down a string. I absolutely love sliding, because I find it creates an even deeper connection between notes and fingers, between sound and body. To me it makes playing violin closer to singing.
Relation avec l’enseignant : guru-shishya parampara
Guru-shishya parampara signifie littéralement «tradition maître-disciple». Dans cette ancienne tradition indienne, la relation entre enseignant.e et élève est beaucoup plus forte qu’en Occident. Le maître ou gourou est plus qu’un.e enseignant.e et le.a disciple plus qu’un.e élève.
Relationship with the teacher: guru-shishya parampara
Guru-shishya parampara literally means ‘teacher-disciple tradition’. In this ancient Indian tradition, the relationship between teacher and student is a lot stronger than it is ordinarily in the West. The guru is more than just a teacher, and the disciple more than a student.
Essence de la musique indienne
Aux pages 18 et 19 de son œuvre magnifique The Music Room, Namita Devidayal écrivait (ma traduction) :
« La musique indienne est basée sur une hypothèse fondamentalement différente : il existe une réalité continue, invisible et en constante évolution, qui constitue la toile de fond de toute action et perception humaine. C’est ce qui façonne notre karma ou notre destin et aide à expliquer pourquoi des choses apparemment inexplicables nous arrivent.
Les notes de la musique indienne ne sont donc pas des entités catégoriques, séparées et autonomes, mais sont reliées par un continuum subtil et insaisissable de notes qui peuvent à peine être identifiées par l’oreille humaine. Au sens métaphysique, elles font partie de cette réalité qui dépasse la perception. Ces notes intermédiaires s’appellent shrutis et constituent l’essence de la musique indienne.
Dans un sens très littéral, ces shrutis sont les demi-notes et les quarts de notes qui remplissent les intervalles entre deux notes. Mais c’est une description grossièrement incomplète. Les shrutis sont beaucoup plus que cela, car ils peuvent changer complètement la réalité des notes. Par exemple, la façon dont vous atteignez une note particulière est aussi importante que la note elle-même. On peut arriver par en-dessous ou par au-dessus, après avoir caressé la note cachée qui se trouve à côté d’elle, et cela provoquera une sensation complètement différente que si le.a musicien.ne rencontrait directement la note. »
Essence of Indian music
In her beautiful work The Music Room, pp18-19, Namita Devidayal wrote:
“The ancient western position on music was that it was made up of patterns of sound with regular melodic intervals which reflect the simple ratios by which the world is organized and make sense to our organs of perception. Western theory is thus built around perceptible, rational ideas which the human mind can see, recognize, and find proof for.
Indian music is rooted in a fundamentally different assumption – that there is a continuous, unseen, and constantly changing reality which is the backdrop for all human action and perception. It is what shapes our karma or destiny, and helps explain why seemingly inexplicable things happen to us. The notes in Indian music are thus not categorical, separate, self-contained entities, but are connected through a subtle, elusive continuum of notes that can barely be identified by the human ear. They are, in the metaphysical sense, part of that reality which lies beyond perception. These in-between notes are called srutis, and they are the essence of Indian music.
In a very literal sense, these srutis are the half notes and quarter notes that fill the intervals between two notes. But that would be a grossly incomplete description. There is much more to the sruti, for it can entirely change the reality of notes. For instance, how you reach a particular note is as important as the note itself. It may be arrived at from below, or above, after caressing that hidden note that hovers next to it, and it will evoque a completely different sensation than if the musician were to meet the note directly.”
